PE-03Pêche et engins
Réduire les captures accidentelles : les solutions testées
Six pistes sont sur la table depuis vingt ans. Certaines mesurent le problème sans le réduire, d'autres le réduisent partiellement, une seule le supprime pendant qu'elle s'applique. Voici ce que chacune fait réellement, et pourquoi les avis scientifiques les classent dans cet ordre.
Fiche relue le 20/08/2026
Les six pistes, par effet décroissant
| Piste | Effet sur les captures | Maturité | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Fermeture de zone | Suppression pendant la période | Appliquée | Effet limité à la fenêtre |
| Réduction d'effort | Proportionnelle | Appliquée | Impact économique direct |
| Répulsif acoustique | Partielle et variable | Testée | Accoutumance, exclusion d'habitat |
| Dispositif d'échappement | Théorique, à prouver | Expérimentale | Perte de capture cible |
| Caméra embarquée | Nulle en direct | En déploiement | Mesure, ne réduit pas |
| Évitement en temps réel | Variable | Expérimentale | Dépend du partage de données |
Les fermetures spatio-temporelles
C'est la mesure que les avis scientifiques placent en tête, pour une raison mécanique : si les engins ne travaillent pas là où sont les dauphins au moment où ils y sont, la capture devient impossible. Elle ne dépend d'aucun équipement, d'aucun comportement animal et d'aucun contrôle fin.
En France, la partie française du golfe de Gascogne est fermée du 22/01 au 20/02 aux navires d'au moins huit mètres utilisant les chaluts pélagiques et de fond, les sennes danoises, les filets maillants et les trémails. Les pêcheurs concernés sont indemnisés. Le dispositif, issu d'une injonction du Conseil d'État du 20/03/2023, a été conçu pour trois hivers consécutifs à partir de 2024.
Sa limite est évidente : la protection s'arrête avec la fermeture. Les captures qui surviennent en dehors de la fenêtre ne sont pas couvertes, ce qui explique que le débat porte désormais sur la durée et l'étendue de la période plutôt que sur son principe.
Les répulsifs acoustiques
Un répulsif acoustique, souvent appelé pinger, est un petit émetteur fixé sur l'engin, qui produit un signal destiné à éloigner les cétacés. Le règlement (CE) 812/2004 avait rendu ces dispositifs obligatoires sur certaines catégories de filets.
Sur les filets fixes et pour le marsouin, l'efficacité est établie. Sur les chaluts pélagiques et pour le dauphin commun, le bilan est nettement plus contrasté : des essais menés en France sur des chalutiers en bœufs entre 2019 et 2022 ont donné des résultats variables selon les modèles et les conditions. Trois limites reviennent.
- L'accoutumance : un signal répété perd de son pouvoir dissuasif, et peut même devenir un repère associé à la nourriture.
- L'exclusion d'habitat : un dispositif qui fonctionne trop bien chasse les animaux d'une zone de nourrissage, ce qui déplace le problème.
- La fiabilité : un émetteur immergé en permanence, soumis à la traction et au sel, doit être vérifié et changé, ce qui suppose un contrôle réel.
Les modifications d'engin
L'idée est de ménager une issue pour un gros animal entré dans le chalut : ouverture dans la partie supérieure, grille de séparation, panneau à mailles orientées. Le principe est séduisant, la réalisation difficile : toute ouverture qui laisse sortir un dauphin laisse aussi sortir du poisson, et une grille placée dans un engin remorqué à plusieurs nœuds subit des contraintes considérables.
Ces dispositifs restent au stade expérimental sur les chaluts pélagiques. Aucune évaluation ne permet aujourd'hui de leur attribuer une réduction significative et reproductible des captures de dauphins communs.
Le contrôle à bord
Observateurs embarqués et systèmes de surveillance électronique avec caméras ne réduisent pas directement les captures. Ils font autre chose, tout aussi décisif : ils les mesurent. Sans mesure indépendante, l'estimation repose sur les échouages, c'est-à-dire sur le vent.
Le déploiement de ces systèmes se heurte à des questions d'acceptabilité, de coût, de protection des données et de traitement des enregistrements. C'est pourtant la condition d'une politique publique évaluable : sans compteur, aucune mesure ne peut être déclarée efficace ou inefficace.
La question du coût
Toute mesure a un prix, et le passer sous silence rend le débat stérile. Une fermeture d'un mois immobilise des navires et des équipages, ce qui suppose une indemnisation publique. Un équipement acoustique se paie, s'entretient et se remplace. Un système de caméras suppose une installation, un stockage et une analyse.
La comparaison honnête ne se fait donc pas entre une mesure et rien, mais entre le coût d'une mesure et celui de son absence : contentieux répétés, incertitude réglementaire d'une saison sur l'autre, et perte durable d'une espèce protégée.
Questions fréquentes
Pourquoi ne pas généraliser les pingers plutôt que fermer ?
Parce que leur efficacité sur les chaluts pélagiques n'est pas démontrée et que l'accoutumance est documentée. Une mesure dont l'effet décroît avec le temps ne peut pas porter seule une politique de conservation.
La fermeture pénalise-t-elle tous les pêcheurs ?
Elle vise les navires d'au moins huit mètres utilisant les engins les plus impliqués, dans une zone et sur une période définies. Les autres métiers et les plus petites unités ne sont pas concernés de la même manière.
Existe-t-il une solution technique définitive ?
Pas à ce jour. Les avis convergent vers une combinaison : réduire le recouvrement dans l'espace et le temps, équiper, et surtout mesurer pour ajuster.